Restaurer un mur en pierre ou en terre, requiert que l’on porte un minimum d’attention aux matériaux employés. L’idéal est de se conformer à ceux utilisés à l’origine de leur construction : le sable, la pierre, la chaux, la terre et parfois même des fibres étonnantes...

Un rejointoiement à pierres vues (voir la fiche " rejointoyer à pierres vues ") a été fait sur le mur perpendiculaire à celui qui nous occupe et pour varier le décor, celui-ci va être enduit avec un enduit traditionnel à la chaux en trois couches (gobetis, corps d’enduit, enduit de finition). Le principe de cet enduit parfaitement adapté à tous les murs en matériaux naturels est de favoriser leur indispensable respiration. Pour cela, il faut absolument respecter la règle qui consiste à faire des mortiers de moins en moins gras du mur, vers la pièce.
Paré de quelques motifs de terre cuite et de sgraffitis ( voir la fiche à ce sujet ) comme ici et/ou badigeonné par la suite, un enduit traditionnel de ce type est destiné à maintenir la maçonnerie pendant de très très nombreuses années... sans entretien particulier !
Matériaux :

Ce mur en pierres calcaires, maçonné à la terre et plâtré dans les années 1950, a été débarrassé de ce revêtement étouffant qui le recouvrait et les pierres ont été déjointoyées sur 1 à 2 cm de profondeur.
Restaurer avec des matériaux à l’ancienne n’empêche en aucun cas de moderniser les conditions de vie. Il est tout à fait possible d’encastrer les gaines électriques dans un mur en pierres. Il suffit pour cela de les poser le plus rectiligement possible dans le mur, entre les pierres. Si nécessaire, n’hésitez pas à travailler les pierres au corps, avec marteau et burin pour les casser.
La veille du début de l’enduit, préparez un mortier composé de 5 vol de sable 0/4 pour 3 de chaux NHL 3,5 et déposez-le soit par plots retenant les gaines, soit en les noyant totalement.

Faite de même pour les interrupteurs et prises.
Pour les retardataires de l’encastrement, voici une astuce une prise encore plus rapide : fixez-les avec un mortier composé de 2,5 vol de sable 2,5 vol de paille ou de paillette de lin pour 3 vol de chaux NHL 3,5. Une excellente tenue est obtenue en 2 à 3 heures.
La veille également, arrosez copieusement le mur afin que la maçonnerie n’absorbe pas de suite toute l’eau contenue dans le mortier compromettant ainsi sa prise et sa tenue.

C’est la couche qui permet non seulement de combler les joints entre pierres mais aussi et surtout de créer une accroche de qualité. Le mortier doit être assez gras.
Le choix du liant doit se faire sur des composants qui fassent lien entre la maçonnerie terre et le futur enduit chaux partant du principe que les composants entre ancien et nouveau doivent avoir au moins un point commun. En l’occurence ici, le sable et la terre argileuse à 30% ont ce rôle (voir la fiche : mesurer le taux d’argile dans la terre).
Une heure avant la projection du gobetis, arrosez à nouveau le mur.
Le mortier doit être assez liquide, de façon à créer une couche d’environ 8mm d’épaisseur sur tout le mur sans former de "paquets". Le plus évident est de le projeter le mortier à la truelle d’un geste sec mais d’autres techniques sont possibles telles la projection au balai...
Laissez sécher environ 24 H.
Il existe deux techniques légèrement divergeantes pour réaliser un corps d’enduit qui respecte une planéité correcte. La plus traditionnelle, plus professionnelle, consiste à envoyer le mortier à la truelle puis à le lisser et le talocher bien plan, sans autre aide que la vue et le toucher.
Pour les novices, les amateurs ou les perfectionnistes, la pose de lattes de guidage simplifie considérablement la mise en oeuvre. Ces lattes peuvent être de simples liteaux d’une épaisseur de 15mm correspondant à l’épaisseur moyenne d’un corps d’enduit, et d’une largeur indifférente.
| Posez les liteaux le long du mur espacés d’environ 1,50 m, en prenant soin d’en vérifier la verticalité et la planéité. Pour les bloquer, travaillez par plots composés du même mortier que précédemment pour les éléments électriques. |
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L’ajout d’eau doit permettre d’obtenir un matériau souple et crémeux mais pas trop liquide sinon il s’effondrerait à la pose.
Commencez au ras du sol : projetez entre deux lattes, à la truelle, sur 30 à 50 cm de hauteur, suffisament d’épaisseur de mortier pour déborder des lattes.
Avec la règle de maçon, en partant du bas, remontez le long des lattes en vous y appuyant, en petits mouvements de gauche à droite tout en contrôlant qu’il n’y a aucun manque. Eliminez l’excédent sur la règle, comblez les manques et recommencez la même procédure jusqu’à être sûr que l’enduit est bien régulier. Continuez ainsi entre toutes les lattes puis sur la hauteur.
Talochez au fur et mesure à la taloche plastique. C’est le moment si vous le désirez, d’incruster, comme fait ici, des motifs en matériaux naturels (bois, terre cuite, verre, coquillages, galets....).
Laissez pauser 24 heures. Retirez les lattes de guidage et comblez avec le même mortier appliqué à la langue de chat et taloché pour éviter tout surplus d’épaisseur.
Cet enduit décoratif est réalisé en général avec un sable très fin pour obtenir volontairement un aspect très lisse. Avec un sable plus gros (du 0/2 par exemple) l’aspect est plus granuleux. Il se débute et se termine dans la journée car il ne supporte pas les reprises.
A moins de pigmenter l’enduit dans la masse (pas plus de 3% du poids de chaux ) ou de prévoir un badigeon très couvrant, le choix de la couleur du sable est essentiel car il colore l’enduit même si la chaux réduit sa teinte de 70%. Un sable gris donnera un enduit gris clair, un sable ocre, un enduit blanc cassé.
L’ajout d’eau doit permettre d’obtenir une pâte crémeuse de la consistance du fromage blanc battu.
Etalez-le de bas en haut à la lisseuse inox (attention, la chaux attaque le métal) inclinée à 45°, sur une épaisseur d’environ 8mm et 1m² de surface puis revenez sur votre travail avec la lisseuse bien à plat, pour le resserrer et supprimer les traces laissées par votre outil. Progressez ainsi sur toute la surface à recouvrir.

Quelques heures après, la prise débutant, vous pouvez lisser l’enduit à la taloche éponge pour obtenir un velouté qui laisse à peine ressortir les charges minérales.

Le séchage en surface de cet enduit s’opère en environ 3 semaines. A coeur, comptez plutôt 3 ans, que la chaux ait terminé sa carbonatation et qu’elle soit redevenue pierre....
Il est tout à fait possible de décorer ce type d’enduit avec un lait de chaux (voir l a fiche : laits de chaux ) dans les 24h qui suivent la pose de l’enduit de finition ou plus tard, sur enduit sec, pour changer de décor.
La chaux aérienne présente l’avantage de ne durcir qu’au contact de l’air (voir la fiche : chaux aérienne ou hydraulique ). Il est donc tout à fait possible de préparer les mortiers à l’avance et de le stocker dans un récipient, isolé de l’air donc recouvert de quelques centimètres d’eau et d’un linge humide ou d’un couvercle. Il est alors très souple et très onctueux. A défaut, préparé au moment, le mortier est tout aussi valable.
Merci pour ces fiches techniques agrémentées de photos trés utiles à la compréhension et mise en situation que l’on tente de s’approprier. Je commence le chantier ...
Silvy
Alors la je dis bravo !!
J’ai lu pas mal de bouquins sur les techniques de la chaux et de leur pigment ,et malheureeusement il n’étaient pas tous aussi explicite que vous.. félicitations pour ce bel exposé..
J’aurais deux petites questions a vous poser ? 1/ L’enduit de finition a t il eu tendance a faiencé ? 2/ Avec vous deja testez un stuc avec poudre de nmarbre sur corps d’enduit avec du sable 0/2 ? Merci.....
bonjour,
les fiches sont très bien et donne vraiment envie de s’y lancer.
cependant les mélanges sont donnés en proportion les uns des autres, mais j’aimerais bien savoir combien cela représente en masse ou en volume pour une certaine superficie. quelle quantité de matériaux pour 10 m2 par exemple
Site très bien détaillé et d’un gd secours pour les bricoleurs qui ont de lourds travaux de rénovation comme moi.
Bravo et continuez comme ça svp
Bonjour,
Il existe en effet, une méthodologie qui préconise le gras sur maigre, tout particulièrement en extérieur. Le but, en l’occurrence, est d’offrir une plus grande résistance aux intempéries. Je suis fort étonnée de la référence de cette fiche à l’école d’Avignon qui, elle, préconise l’inverse.
bonjour,
vous parlez d’un mortier assez gras pour le gobetis : mais la règle n’est-elle pas "le maigre doit porter le gras" ?
voir le lien de la fiche conseil du Service Départemental de l’Architecture et du Patrimoine du Rhône
cordialement, Mat
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